Le Couvent de Chèvres

Dominant le vieux bourg du Pouzin , , un promontoire rocheux surplombe le confluant de l'Ouvèze et du Rhône . Les randonneurs qui s'y promènent , ne distinguent que confusément des ruines éparses parmi les herbes folles . on appelle ce lieu " le couvent des chèvres " . Mais savez-vous qu'autre fois , il y a près de mille ans , s'élevait ici un monastère de l'ordre de Cluny et que ce prieuré bénédictin abritait jusqu'à 12 moines assistés par 12 serfs ?

C'est en 977 , qu'un dénommé Sylvius , son épouse Gunilis et leur fils Guillaume firent don de la montagne de Rompon , comprenant terre , bois , pâturages , ruisseaux , et prairies , ainsi que 2 églises qui y étaient dèja bâties , à l'abbé Mayeul de l'abbaye de Clun , afin qu'il y fonde un monastère de son ordre habité par ses religieux .Ce prieuré devint prospère grâce à l'évêque de Vivier qui lui donna le droit de de percevoir les dimes et autre revenus de 8 églises des alentours ( y compris Le Pouzin ) , ainsi que les droits de péages par terre et par eau ( sur le Rhône en particulier ) et le droit de bac pour traverser le fleuve .

Hélas dès le début des guerre des religions au 16ème siècle , ce prieuré fut détruit par les huguenots , comme d'ailleurs l'église Sainte Madeleine du Pouzin .Il ne reste maintenant que de vestiges d'infrastructures plus anciennes , probablement de l'époque romaine ( citerne et silos ) et un corps de bâtiment d'environ 250 m2 dont 200 sont sur deux niveaux encore couvert et clos . Ce lieu privilégié , face au soleil levant le désignait dèja en des temps très lointains , comme lieu de culte , de refuge , d'observation et de défense .

Un menhir abattu et brisé au centre d' un cordon circulaire ou "cromlch" témoigne de cette période reculée . En effet , il est établi que la plupart du temps les églises , abbayes , et monastères furent édifiés sur d'anciens sites sacrés , dediés dans un premier temps au culte solaire , puis consacré ensuite aux divinités gauloises . Peut-être d'ailleurs le nom de Rompon vient il de " diva- Rumpona" qui aurait aurait pu être une divinité celtique au culte de laquelle les anciens sacrifiaient sur la montagne ronde de Rompon.?

C'est là , isolés du monde , face au panorama grandiose de la vallée du Rhône , descendant de Valence à Montélimar , et découvrant au lointant les préalpes , que les religieux vivaient dans la prière et le recueillement .

Nous avons donc , près de de nous ,des vestiges des temps passés qui ne demandent qu'à livrer un peu de leurs secrets , à condition qu'on les traite avec respect et intelligence . Non seulement nous devons préserver ce site des pillages et des malveillances , mais peut-être conviendrait-il de chercher à mettre en valeur et à réhabiliter ces lieux magiques et et prestigieux qui témoignent de façon tragique et émouvante d'un passé tumultueux .

Anne Fornalik

 

 

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